Premièrement, le Frère Frédette, directeur de l'école St-Pascal, à Québec, annonce au Télévox que l'école va fermer et que nous devons nous en aller chez-nous....Le délire dans la classe !
Dans le temps, on ne manquait pas l'école pour une tempête, quelle que soit son ampleur ! Et on n'avait pas d'autobus scolaire...on marchait, beau temps mauvais temps.
Donc, tout le monde quitte l'école et retourne à la maison. Et là commence le party ! Tout le monde met sa suit, son foulard, sa tuque et son capuchon et se retrouve dehors à jouer, à faire des forts et des batailles de mottes de neige (on appelait pas ça des balles, à l'époque). Les traîne sauvage font leur apparition et certains commencent à glisser sur les bancs de neige. On monte sur les garages et on saute en bas. S'il n'y a pas assez de neige on en rajoute à la pelle... Même les plus vieux font d'immenses bancs de neige dans les cours donnant sur les ruelles et sautent du troisième étage ! Des Dieux ! Je me suis risqué du deuxième étage mais le troisième était réservé au 15-16 ans ! Nos idoles, pas de capuchon et les bottes à deux zippers non zippés et formant comme une sorte de langue qui faisait des grimaces aux conventions !
On jouait au hockey bottines dans les rues, avec des balles bleu-blanc-rouge complètement gelées qui faisaient des bleus sur les tibias ! Elles étaient à nous, ces rues - personne n'osait y circuler ! Et j'avais la chance de demeurer au-dessus de l'oncle de ma mère, qui était en moyen et qui possédait un Husky (sorte de motoneige en deux parties) avec une sleigh... Alors, quand j'ai vu mon petit-cousin de 18 ans, sortir le Husky, mon coeur n'a fait qu'un tour.
- Jacques, j'veux faire un tour !
- Embarque dans la sleigh, qu'il me répondit
J'ai sauté dans ce berceau béni avec mon meilleur ami, Gaétan, et nous sommes partis pour trois heures de ride dans les rues du quartier avec un arrêt chez Pop's pour manger un hot dog avec des frites et une Grapette ! Sur le bras de mon cousin ! Ça lui avait coûté une fortune pour nous trois ! Un gros 2,70 $ et 0,15 $ de tip à Marie, la belle blonde de 16 ans qui travaillait comme waitress (et dont j'étais secrètement amoureux, et mon cousin aussi, le sacramant ! Il a fini par sortir avec et l'a mariée ! Elle est devenue ma cousine et je n'ai eu droit qu'à des becs du Jour de l'An ...) Le bonheur total !!!
Au retour en face de la maison, malgré les vents violents, mes chums jouaient toujours au hockey, sautaient toujours du toit des garages ou jumpaient des chars (les téméraires) en se laissant glisser d'un pâté de maison à l'autre. Il était maintenant 19 h et j'entends ma mère crier ALAIN ! ALAIN ! En essayant de retenir la porte qui menaçait de se détacher de ses pentures !
- OUI ! Mamie, j'arrive de faire du Ski-doo avec Jacques
- Viens manger !
- J'ai mangé chez Pop's avec Jacques et Gaétan !
- OK, rentre pas tard, t'as de l'école demain pis t'as tes devoirs à faire !
- On a pas de devoir, on est parti sans que le prof nous en donne.
- À 9 h je veux te voir dans la maison.
À 9 h, je suis entré sur le bord de la porte, en sueur, les cils congelés et j'ai dit à ma mère
-Tout le monde rentre à 10 h, on joue au hockey, tu peux nous voir par la fenêtre. Si tu me vois pas, on est dans la ruelle et on saute en bas du garage.
- OK, mais à 10 h tu rentres !
- OK Mamie, à 10 h...
Bref, après quelques cris de Mamie et de négociations, je suis entré à 11 h et j'ai su aux nouvelles que les écoles étaient fermées le lendemain
Il y avait un film de Dracula qui commencait et j'ai eu le privilège de l'écouter jusqu'à presque 2 h du matin ! Mon père n'était pas arrivé et j'étais le chef de la maison, avec tous les privilèges qui s'y rattachent
Quant à mon père, qui devait finir son travail à 17 h, (il était policier), il n'était toujours pas rentré et ma mère me dit qu'il devait faire du supplémentaire à cause de la tempête !
Résultat, le surlendemain, il faisait la une du Journal de Québec car, en patrouillant, il s'était pris dans la neige et, en se dirigeant vers un entrepôt où il y avait de la lumière, il avait rencontré un mari au désespoir qui criait:
- Ma femme va accoucher, vite appeler une ambulance, je suis pris dans le banc de neige au coin de la rue !
Mon père lui dit:
- Oublie l'ambulance, toutes les routes son bloquées !
Et, avec son collègue, ils transportent la dame dans l'entrepôt et il s'occupe de l'accoucher, sur le bureau du patron de l'entrepôt (le plus long), de couper le cordon avec son canif et de faire le fameux nœud.
Quand les ambulanciers et le médecin sont arrivés en Ski Doo, une couple d'heures plus tard, le médecin lui a dit: Tout est ok, félicitations, je n'ai rien d'autres à faire.
Mon père est devenu mon héros, encore plus qu'avant, et j'étais fier de dire à mes amis ce qu'il avait fait ! Tout le monde dans le quartier le connaissait et même les petits bandits du quartier le félicitaient !
Donc, cette tempête restera gravée dans ma mémoire jusqu'à la fin de mes jours, même si celle de 2008 était plus volumineuse (65 cm). Et, depuis ce temps, et même avant....j'adore les GROSSES tempêtes et je sors toujours pour l'affronter, en raquette ou à pied ! Comme pour lui dire qu'elle n'est pas si terrible que ça et que je l'aime...
Il y aura d'autres tempêtes du siècle, alors au lieu de les conspuer, profitons-en avant qu'elles ne disparaissent à jamais












