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MAHLER Symphonie no 5 Simon Bolivar Youth Orchestra. Direction : Gustavo Dudamel Deutsche-Grammophon, 477 6545 Exceptionnel ! Prodigieux ! Exceptionnel, par le fait que le Simon Bolivar Youth Orchestra réunit une centaine de tout jeunes instrumentistes (de 16 à 25 ans) recrutés dans le Sistema de Orquestas Juvenil e Infantil de Venezuela, programme d’action sociale qui regroupe 250 000 – vous avez bien lu 250 000 – instrumentistes venant de partout au pays, dont un bon nombre de milieux défavorisés ou en marge de la société. De quoi faire envie, ou rêver tout pays industrialisé ! Prodigieux, parce que son exécution de la 5e Symphonie de Gustav Mahler s’élève à un niveau hors du commun par son fini technique, son équilibre entre les diverses sections de l’orchestre, sa vitalité rythmique, son « urgence » musicale, sa profondeur de pensée. Tous ces mérites ne sont évidemment pas étrangers au chef de cette formation, Gustavo Dudamel, produit lui-même de ce fameux « sistema », 25 ans au moment de l’enregistrement en février 2006. Les spécialistes voient en lui le plus extraordinaire talent de chef d’orchestre des dernières décennies. C’est cette même symphonie de Mahler qui, du jour au lendemain, a propulsé Dudamel au zénith du monde musical en remportant, en 2001, le Concours de direction Gustav Mahler de l’Orchestre de Bamberg. De cette partition complexe, il tire, avec la complicité de ses jeunes collègues, une prestation d’une clarté exemplaire, d’une continuité de pensée liant entre eux ses éléments apparemment disparates, d’une assurance dans ses constants changements de rythme et en épousant le style si personnel de cette musique. Le célèbre Adagietto est en lui seul une merveille, totalement dépourvu de sentimentalité et semblant émergé comme d’un brouillard. Prodigieux, vous dis-je !
MEASHA BRUEGGERGOSMAN Soprano William Bolcom, pianiste et le BBC Symphony Orchestra. Direction : David Robertson Sous le titre « Surprise », Chansons de cabaret de William Bolcom et d’Arnold Schoenberg, mélodies d’Erik Satie. Deutsche Grammophon, 4776589 Ce n’est pas rien ! Décrocher un contrat avec la célèbre étiquette jaune au moment où l’univers discographique est en nette perte de vitesse ; encore plus quand on ne jouit pas encore du titre de vedette. Voilà pourtant ce qu’a réussi la Canadienne Measha Brueggergosman. Sous le titre « Surprise » (allez savoir pourquoi), le répertoire choisi – des chansons de cabaret de l’Américain William Bolcom et de l’Allemand Arnold Schoenberg, couplées avec des mélodies d’Erik Satie – s’avère assurément moins compromettant que, disons, des lieder de Schubert ou de Schumann. Measha Brueggergosman prête à ces « songs », de valeurs intrinsèques diverses, son magnifique instrument. Soit un soprano lyrique étoffé, bien timbré, chaleureux et bien mené. Sa compréhension de ces pièces de nature assez spéciale ne laisse aucun doute, tout comme le plaisir presque palpable qu’elle prend à en traduire les poèmes et les mélodies… sans les minauderies qui entachent parfois ses prestations en concert. Les orchestrations des parties originalement écrites pour le piano se montrent par moments d’une enflure gênante, voire carrément hors de propos dans Je te veux de Satie. Oubliez aussi les photos de mauvais goût qui abondent dans la pochette, notamment celle de la couverture qui frise la vulgarité.
BEETHOVEN Concertos pour piano no 1 en do majeur, op. 15 et no 4 en sol majeur, op. 58. Lang Lang, pianiste. Orchestre de Paris. Direction : Christoph Eschenbach. Deutsche Grammophon, 4776719 Le statut de superstar donne lieu à bien des privilèges. Dont celui, pour Lang Lang, d’enregistrer pour la ixième fois les Concertos nos 1 et 4 de Beethoven. L’on voit d’ici les admirateurs et les détracteurs du jeune pianiste chinois s’emballer ou décrier ses interprétations ; c’est selon ! La vérité se situe sans doute entre ces démesures. La sonorité demeure toujours aussi belle, l’aspect digital à nul autre pareil, sans négliger un instinct musical qui ne court pas les rues. Sans compter non plus la fraîcheur, la jeunesse – pourquoi pas ? – dont Lang Lang imprègne les œuvres dont il se fait l’interprète. Cette approche trouve mieux sa justification dans le Concerto no 1 (malgré la lourdeur d’un Orchestre de Paris d’un bon mais non pas exceptionnel niveau), œuvre de jeunesse justement où le pianiste brille de tout son éclat, particulièrement dans la très longue et magnifique cadence du premier mouvement que Beethoven écrivit ultérieurement pour remplacer une première beaucoup plus courte et nettement moins élaborée. Pour ce qui est du Concerto no 4, Lang Lang s’y montre moins convaincant. Une lecture plus extravertie que véritablement profonde mais qui ne dénote pas moins un « jeu de piano » toujours éloquent. Le plus vibrant exemple de totale immersion dans le plus beau des cinq concertos que laissa Beethoven pour le piano se trouve dans l’incomparable version d’Ivan Moravec (Connaisseur Society). Cela dit, les propos tenus par Lang Lang dans un DVD, en complément du disque, relèvent d’une telle intelligence dans l’évaluation de l’oeuvre qu’ils ont bien des chances de rallier nombre de mélomanes à sa cause. Propos renchéris par les mots très élogieux d’Eschenbach à l’endroit de son protégé.
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